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ENTREVUE

Entrevue avec Rémi Léger, nouveau directeur du French Cohort Program

07/10/20
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Rémi Léger, professeur de science politique à la Faculté des lettres et sciences sociales de SFU, a récemment été nommé directeur du French Cohort Program (FCP).

Afin de souligner cette nomination, l'équipe de communication de la FASS a rencontré Rémi pour discuter de son parcours, de sa vision du bilinguisme canadien et de ce qui rend le French Cohort Program unique.

Originaire du Nouveau-Brunswick, seule province officiellement bilingue au Canada, le professeur Rémi Léger a toujours été fasciné par les questions linguistiques.

Professeur à SFU au French Cohort Program (FCP), M. Léger enseigne la science politique en anglais et en français. Le FCP offre une voie unique vers un baccalauréat pour les étudiants qui s’intéressent à des sujets comme la diplomatie internationale, la politique et l’histoire canadiennes, et la langue française. En plus d’acquérir des connaissances théoriques et empiriques dans ces domaines, on encourage les étudiants à pratiquer leurs compétences linguistiques en français grâce à des projets communautaires et des emplois étudiants bilingues.

M. Léger affirme qu’être bilingue, c’est bien plus que parler deux langues; il dit qu’il s’agit aussi d’avoir deux façons de comprendre le monde. En offrant aux étudiants la possibilité d’étudier dans les deux langues officielles du Canada, il vise à leur offrir une compréhension plus profonde et plus complète de la politique canadienne.

«Le French Cohort Program en affaires publiques et internationales est exigeant (il est difficile de faire une formation universitaire dans sa deuxième ou troisième langue!), mais aussi très stimulant. Nos diplômés parlent nos deux langues officielles (et souvent une troisième), comprennent très bien la politique canadienne en plus d’avoir une conception de la place du Canada dans le monde.»

Le 1er septembre 2020, il a été nommé directeur du French Cohort Program et il se dit heureux de défendre les intérêts des étudiants.

«Depuis mon arrivée à SFU en 2012, j’ai travaillé avec de nombreux étudiants extraordinaires qui ont poursuivi des études en droit, ont cheminé dans des programmes d’études supérieures, ont œuvré dans la fonction publique fédérale et provinciale ou au sein d’ONG et bien plus encore. Je veux promouvoir notre programme et surtout nos étudiants.»

Lisez la suite ci-dessous où il présente son point de vue sur la question linguistique au Canada et il explique pourquoi il est si passionné par le French Cohort Program.

Qu’est-ce qui vous a incité à étudier la politique linguistique au Canada?

Dès mon plus jeune âge, j’ai fait face à des questions fondamentales telles que «pourquoi les Acadiens doivent-ils parler anglais alors que les anglophones n’ont pas à apprendre le français?», ou «pourquoi la culture et la langue semblent-elles plus importantes pour la minorité acadienne que pour la majorité anglophone?» Quand j’ai commencé l’université, mes cours de science politique m’ont donné le vocabulaire et les outils pour commencer à formuler des réponses à ces questions. Je me suis rendu compte que les langues sont un enjeu profondément politique; les gouvernements prennent des décisions qui ont une incidence sur la valeur et l’emploi des langues, et les groupes linguistiques se mobilisent pour convaincre les gouvernements de prendre certaines décisions et d’en éviter d’autres. En d’autres termes, j’ai été initié aux rapports entre langue et politique et j’en suis devenu accro.

Comment le bilinguisme aide-t-il les gens à mieux comprendre le monde qui les entoure?

Le bilinguisme, c’est plus qu’une question de langue; être bilingue, c’est baigner dans deux cultures, deux visions du monde. En science politique, par exemple, les approches anglo-américaines dominantes ne sont pas les mêmes que les approches françaises ou francophones. D’un point de vue plus personnel, la langue anglaise a été dominante dans ma vie pendant les 15 dernières années, mais elle reste une langue seconde, et je ne me sens toujours pas entièrement moi-même en anglais. Je pense que c’est parce qu’une langue est en fait beaucoup plus qu’une langue; chacune offre une façon unique de voir le monde et de le comprendre.

Lors d’une récente entrevue à Radio-Canada, vous avez dit qu’au Canada, nous normalisons souvent le fait que bon nombre de nos dirigeants politiques ne parlent pas français, même s’il s’agit d’une de nos langues officielles. À votre avis, quelles sont les conséquences de cet état d’esprit sur les Canadiens et particulièrement sur les minorités linguistiques?

Au Canada, le bilinguisme officiel est un projet, un projet politique. Dans les années 1960, l’État canadien a créé une vision ambitieuse pour notre pays, ce que Pierre Elliott Trudeau a appelé le «multiculturalisme dans un cadre bilingue». Depuis lors, les gouvernements au pouvoir ont travaillé à la réalisation de cette vision avec plus ou moins de motivation et d’intérêt. Il n’a jamais été question que chaque Canadien parle les deux langues, mais plutôt que nos institutions politiques fonctionnent à la fois en français et en anglais afin que les citoyens puissent interagir et être servis dans la langue officielle de leur choix. Une cinquantaine d’années plus tard, nous n’avons toujours pas atteint cet objectif, et en fait, il devient de plus en plus normal de fonctionner en anglais parce que l’anglais est plus ou moins la lingua franca mondiale. À vrai dire, le bilinguisme officiel a été et demeure un projet politique qui nécessite un investissement de volonté politique et de capitaux pour sa mise en œuvre. Si on veut concrétiser cette vision, nos dirigeants politiques et l’ensemble des dirigeants, doivent parler ces deux langues et comprendre les cultures qui les sous-tendent.

Pourquoi étudier les sciences politiques dans le cadre du French Cohort Program?

En fait, je pense qu’il serait difficile, voire impossible d’étudier la politique canadienne sans une certaine maîtrise des deux langues officielles. Par ailleurs, le French Cohort Program en affaires publiques et internationales de SFU présente aux étudiants deux perspectives, deux façons d’étudier la science politique: le mode anglo-américain et le mode français ou francophone. Il y a évidemment des chevauchements entre ceux-ci, mais il y a aussi d’importantes différences. Les étudiants de notre programme en viennent à comprendre et à analyser ces différences, puis en viennent à voir la culture riche et les nouvelles façons de faire les choses qui se cachent derrière chacune de ces langues.

Vous pouvez joindre Rémi Léger à l’adresse: remi_leger@sfu.ca