BILINGUAL COMMENT

Literature and Language Teaching

Littérature et enseignement des langues

Par: Julia Galmiche

Julia Galmiche est française. Diplômée d’une maîtrise en Lettres, spécialité métiers du livre et de l’édition (Université de Bretagne Sud, France) et en Lettres appliquées à la rédaction et à l’édition (Université Sorbonne Nouvelle, France), elle poursuit actuellement une  maîtrise en Littérature française et francophone à SFU. Julia a 5 ans d’expérience dans l’enseignement du français langue étrangère aux niveaux secondaire et universitaire, en Angleterre et au Canada. Elle a également travaillé pour plusieurs agences de communication et de traduction, ainsi que différentes maisons d’édition universitaires et centres de recherche en France, en Angleterre et au Cameroun. 

Littérature et enseignement des langues

March 31, 2020
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Enseigner la littérature ne va pas de soi pour une grande majorité de pédagogues et de didacticiens, aucun consensus n’existant autour d’une définition claire de cette notion (Séoud : 30). Le caractère ambigu, subjectif et paradoxal de la littérature est sans doute ce qui a contribué à la remise en question de son enseignement, notamment par une tradition universitaire qui s’attache avant tout à l’examen d’objets homogènes. À la suite des études littéraires, la didactique de la littérature a ainsi connu trois grandes périodes au cours du siècle passé.

Jusqu’à la moitié du XXe siècle, la littérature est vue comme un support pédagogique parfaitement adapté, voire idéal, que l’on tend à sacraliser. À ce statut hégémonique succède le discrédit des années 60 et 70 illustré par des différences marquées entre pratiques linguistiques. La langue littéraire est peu à peu délaissée au profit d’une langue journalistique jugée plus authentique. Le texte littéraire est alors accusé de ne pas répondre aux exigences d’une situation réelle et est rejeté comme outil didactique du fait de son écart par rapport à la norme, cette langue dite standard utilisée au quotidien. Il faudra attendre le début des années 80 et la méthode communicative pour voir la littérature réhabilitée, même si son exploitation en classe de Français Langue Étrangère (FLE) reste limitée à ses dimensions fonctionnelle et pragmatique. Il en résulte une sorte de désacralisation de la littérature, qui n’est plus considérée par certains que comme une mine de mots et de tournures syntaxiques dont on ignore, ce faisant, les spécificités qu’elles soient linguistiques, textuelles ou culturelles.

À l’heure actuelle, même si l’intérêt pédagogique du texte littéraire en classe de FLE est acquis en théorie, la pratique demeure encore bien éloignée de cette réalité (Artuñedo et Boudart : 51). On observe notamment « l’oubli quasi généralisé » des littératures francophones dans l’enseignement du FLE (Cuq et Gruca, 2008 : 418-419), celles-ci étant encore trop peu souvent et/ou mal étudiées, quand elles ne sont pas totalement marginalisées au profit d’une littérature franco-, voire québéco-centrée. Cela revient, nous semble-t-il, à ignorer la dimension internationale de la langue française, les littératures francophones étant produites dans un espace pluriel marqué du sceau de la diversité linguistique et culturelle, au sein duquel le français est une langue de communication et de partenariat. Cette question est particulièrement intéressante à l’heure de l’interculturalité, définie comme la prise de conscience de la coexistence de plusieurs cultures et la nécessité d’établir des points de rencontre entre ces dernières (Defays : 15).

Les littératures francophones, vues comme des espaces de la transnationalité et de l’interculturalité, peuvent ainsi permettre à l’apprenant de décentrer (expérience de l’Autre et de soi à travers l’Autre), mais aussi de relier (expérience de la multi/pluriculturalité dans un monde globalisé toujours plus métissé) (Riffard : 13). Leur enseignement contribue finalement à dépasser l’aliénation linguistique et culturelle des périphéries soumises à un centre de gravité subi et non choisi (néo-colonialisme, mondialisation) et à apporter un éclairage nouveau sur la langue. Se dessinent alors les contours d’un enseignement des langues comportant une dimension éthique, politique, mais aussi sociale, culturelle et identitaire, autant de questions au cœur des débats éducatifs et didactiques actuels.

 

Bibliographie

Artuñeto Guillén, Belén et Boudard, Laurence. « Du prétexte au texte : pour une réhabilitation du texte littéraire en classe de FLE » dans Figuerola, M.C. et alii, La Lingüística francesa en el nuevo milenio. Milan : Lleida, 2002 : 51-59.

Cuq et Gruca, Isabelle. Cours de didactique du français langue étrangère et seconde. Grenoble : Presses universitaires de Grenoble, 2008.

Defays, Jean-Marc et al. La Littérature en FLE. État des lieux et nouvelles perspective. Paris : Hachette, 2014.

Riffard, Claire. Francophonie littéraire. Quelques réflexions autour des discours critiques. Liane, 2006 : 1-10. Web. Consulté les 3-4 octobre 2015.

Séoud, Amor. Pour une didactique de la littérature. Paris : Hatier-Didier, 1997.